• Les Bulletins SauvNat

    Le Bulletin de situation pour temps difficiles

    Introduction aux Bulletins SauvNat

    Les Bulletins SauvNat constituent le socle de référence du mouvement.


    Ils proposent des diagnostics clairs et hiérarchisés sur les grandes questions politiques, économiques, institutionnelles et civilisationnelles qui conditionnent l’avenir de la France.

    Ces analyses ne relèvent ni de l’actualité immédiate ni de l’opinion.


    Elles visent la lucidité, la mise en ordre des faits et l’identification des conditions réelles du redressement.

    Certains Bulletins prennent la forme d’analyses de fond, conçues comme des dossiers de référence ; d’autres répondent à l’actualité et aux enjeux du moment.


    L’ensemble compose une chronologie cohérente de diagnostics, de prises de position et de repères pour l’action.

    Les Bulletins SauvNat sont également diffusés sous forme synthétique via le canal Whatsapp SauvNat Bulletin : https://whatsapp.com/channel/0029VbBh8066rsQmVK2l1C2b

  • Dossier SauvNat n°1 – La Puissance Française

    La France n’est pas en crise : elle renonce
    Puissance,lucidité et redressement

    « Nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. » Paul Valéry

    Introduction

    Depuis plus d’un demi‑siècle, la France est décrite comme un pays « en crise ». Pourtant, une crise est par définition transitoire. Or ce que connaît la France depuis les années 1970 relève d’un phénomène plus profond : un déclin relatif mais continu de sa puissance réelle.

    Ce bulletin propose un diagnostic clair, fondé sur des faits, des chiffres et des lois historiques simples. Il ne vise ni la nostalgie, ni la polémique, mais la lucidité. Car aucune nation ne se redresse durablement sans avoir d’abord regardé sa situation en face.

    I. Peut‑on parler d’un déclin de la France ?

    Oui, si l’on entend par déclin non pas un effondrement brutal, mais une perte progressive de capacités réelles, masquée pendant longtemps par des rentes, des illusions ou des artifices financiers.

    Depuis la mort de Georges Pompidou en 1974, la France a vu s’éroder les six dimensions classiques de la puissance :

    Démographie : vieillissement rapide, fécondité en baisse, intégration inachevée.

    Économie productive : désindustrialisation continue, dépendance accrue aux importations.

    Finances publiques : dette supérieure à 113 % du PIB, déficit structurel permanent.

    Capacité militaire : excellence qualitative conservée, mais formats et stocks contraints.

    Cohésion sociale : fragmentation croissante, perte de confiance dans les institutions.

    Influence diplomatique et culturelle : prestige hérité, mais capacité d’entraînement en recul.

    Ce déclin n’est pas uniforme ni irréversible, mais il est structurel.

    II. Puissance réelle et puissance imaginaire

    La France conserve encore des attributs de puissance : siège au Conseil de sécurité, dissuasion nucléaire, diplomatie active, capacité d’initiative politique.

    Mais elle n’est plus, au sens strict, une puissance de durée.

    Elle peu tencore décider, mais de plus en plus difficilement tenir dans le temps. Elle peut lancer des politiques, mais peine à les financer, à les maintenir, à les inscrire dans une trajectoire longue.

    Autrement dit : la France demeure une puissance de décision, mais n’est plus pleinement une puissance de production ni de soutenabilité.

    C’est là que naît l’illusion : confondre capacité de parole et capacité réelle.

    III. L’illusion comme cause historique des déclins

    L’Histoire est constante sur ce point  : les nations ne s’effondrent pas d’abord par faiblesse, mais par illusion.

    L’Espagne impériale s’est crue riche tant que l’or affluait, tout en renonçant à produire.

    Le Royaume‑Uni a décliné lorsqu’il a préféré administrer l’Empire plutôt que transformer son appareil industriel.

    Plus près de nous, des puissances ont disparu le jour où elles ont confondu prestige et capacité de
    renouvellement.

    À l’inverse, les redressements réussis obéissent toujours aux mêmes lois : accepter la perte de confort, concentrer l’effort, investir dans la production, l’énergie, la technique, et réintroduire la contrainte avant qu’elle ne soit imposée de l’extérieur.

    La France a déjà connu ces moments de vérité : après 1870, après 1940, puis à la Libération.

    IV. Plus on tarde, plus le prix augmente

    Le temps n’est jamais neutre dans un processus de déclin.

    Chaque année de retard entraîne :

    des compétences perdues,

    des filières disparues,

    une dette rigidifiée,

    des dépendances irréversibles.

    Ce qui pouvait être corrigé par un effort modéré devient, avec le temps, un choc brutal.

    Le réel finit toujours par se rappeler aux nations qui cherchent à l’éviter.

    V. Synthèse stratégique – Les lois du redressement

    Le monde se durcit. Retour des empires, guerres longues, chocs énergétiques, ruptures technologiques : la puissance redevient une condition de souveraineté, non un prestige.

    L’Histoire montre que les nations déclinent par illusion et se redressent par lucidité.
    Les redressements durables suivent toujours les mêmes étapes : humilité, acceptation du réel ; discipline, réintroduction de la contrainte ; concentration, choix clairs et hiérarchisation ; production, investissement dans l’énergie, la technique, l’industrie ; durée, capacité à tenir l’effortdans le temps.

    La France n’est pas condamnée. Mais elle ne se redressera ni par le déni, ni par la communication, ni par l’endettement perpétuel. La question n’est pas de savoir si elle en est encore capable, mais si elle accepte d’en payer le prix tant qu’il reste supportable.

    VI. Première exigence concrète de SauvNat*

    Aucune souveraineté n’est possible sans souveraineté financière.

    Première exigence : interdire durablement la dette de fonctionnement et réserver l’endettement aux seuls investissements productifs, stratégiques et transmissibles — comme toute organisation qui entend durer.

    … car aucune puissance ne se construit durablement à crédit.

    Un État qui emprunte pour payer le présent renonce à l’avenir.

    * Cette exigence s'adresse en premier lieu aux responsables politiques et institutionnels, mais engage plus largement l'ensemble des acteurs pulics.

    Conclusion

    SauvNat part d’un principe simple : le réel finit toujours par s’imposer. La question est de savoir si une nation choisit de l’affronter librement ou d’y être soumise.

    Ce Bulletin n’est pas un manifeste, mais un socle de lucidité. Les propositions concrètes, sectorielles et institutionnelles feront l’objet de travaux et de bulletins ultérieurs.

    « La France ne peut être la France sans grandeur », disait le général de Gaulle.

    Encore faut‑il accepter d’en assumer les conditions.

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    Annexe – Repères chiffrés de la puissance française (1970–2025)
    Quelques signaux d’alerte que les nations intelligentes savent lire à temps.

    1. Industrie et production

    Part de l’industrie manufacturière dans le PIB :

      • Années 1970 : 25–30 %
      • 2023 : ≈ 17 %
      • 2025 : ~10–11 %

    En comparaison :

    • Allemagne : ~20–22 % du PIB
    • Italie : ~15–16 %

    Emploi industriel :

    Environ 5,3 millions d’emplois industriels en 1980. Environ 2,7 millions aujourd’hui

    Exportations de biens manufacturés

    Exportation de biens manufaturés :

    Années 1990 : la France est dans le top 5 mondial.

    Aujourd’hui : elle est hors du top 10, parfois derrière des pays comme la Corée du Sud, le Mexique ou les Pays-Bas (plateformes logistiques).

    Balance commerciale :

    Excédents réguliers jusqu’au début des années 2000

    Déficit structurel depuis 2004 : –81 Md€ en 2023

    PIB / PNB par habitant : La France n’est plus clairement devant l’Italie en richesse par habitant : un symbole fort du déclassement relatif français.

    Classement des puissances exportatrices industrielles : un vrai déclassement net

    La France est passée du rang de grande nation exportatrice industrielle à celui de puissance moyenne déficitaire. La France est devenue moins industrielle que l’Italie, pays pourtant réputé pour ses PME fragiles. La France est désormais l’un des pays les moins industrialisés d’Europe, hors micro-États

    2. Finances publiques (Le déclassement le plus symbolique de tous et le plus puissant, (moral et stratégique) celui qui conditionne tous les autres.

    Dépenses publiques :

    Années 1960–1970 : ≈ 35 % du PIB

    Aujourd’hui : ≈ 57 % du PIB

    Déficit public :

    Structurellement supérieur à 3 % depuis plus de vingt ans
    Dette publique :

    1970 : ~15 % du PIB.

    1974 : ≈ 20 % du PIB

    1995 : ≈ 55 % du PIB

    2023–2024 : > 110 % du PIB
    La France finance son rang passé par de la dette présente.

    3. Énergie et dépendances

    Taux de dépendance énergétique :
    Années 1980 : ≈ 40 %
    Aujourd’hui : ≈ 55 %
    Part du nucléaire dans la production électrique :
    Pic historique : ≈ 75 %
    Début des années 2020 : ≈ 62–65 %

    4. Démographie et cohésion

    Taux de fécondité :

    Années 1960 : ≈ 2,7 enfants/femme

    2010 : ≈ 2,0

    2023 : ≈ 1,68

    Âge médian : ( l’âge qui coupe une population en deux parts égales : 50 % des personnes ont moins que cet âge et 50 % ont plus que cet âge.)

    1980 : ≈ 34 ans

    2023 : ≈ 42 ans

    5. Défense et effort militaire (un déclassement qualitatif, pas quantitatif.)

    Dépenses militaires :

    Années 1960–1970 : ≈ 3–4 % du PIB

    Années 1990–2000 : ≈ 2 %

    2015 : ≈ 1,8 %

    2024 : 2.0

    Moyennes de l’Union européenne : 1,9 % du PIB en 2024, 2,1 % en 2025

    Historiquement, durant la guerre froide, les grandes puissances d’Europe occidentale (France, Allemagne, Royaume-Uni) dépensaient souvent plus de 3 % du PIB en défense. Après 1991, ces ratios ont décliné puis stagné jusqu’à l’invasion russe de l’Ukraine en 2022. Depuis, l’effort s’est stabilisé autour de 2 % ou un peu au-dessus pour les principaux alliés européens ; certains envisagent des objectifs encore plus élevés (3,5 % voire 5 % à horizon 2035 dans le cadre d’une nouvelle initiative OTAN).

    Effectifs militaires :

    Années 1980 : ≈ 500 000

    Aujourd’hui : ≈ 200 000

    La France reste la première armée de l’UE avec dissuasion nucléaire. Mais stocks limités, faible masse, difficulté à durer dans un conflit long.

    6. Education, recherche, science et technique (décrochage relatif)

    Classements éducatifs OCDE (PISA) : déclassement silencieux mais profond.

    La France est dans la moyenne, mais en recul tendanciel en mathématiques et compréhension de l’écrit,

    derrière des pays comparables (Allemagne, Pays-Bas, parfois Italie). Pour un pays qui se vit comme nation éducatrice, c’est un déclassement hautement symbolique.

    Dépenses de R&D :

    France : ≈ 2,2 % du PIB

    Allemagne : ≈ 3,1 %

    États-Unis : ≈ 3,4 %

    Brevets et innovation :

    Position honorable en Europe. Mais la France dépose moins de brevets par habitant que l’Allemagne, la Corée, le Japon,

    Difficulté persistante à transformer l’innovation en production industrielle de masse

    La France est dépendante de technologies étrangères dans le numérique, les semi-conducteurs, le cloud.
    Il n'y a pas absence de talents, mais absence d’écosystème d’absorption industrielle. La France invente encore, mais transforme de moins en moins.

    Quand un pays cesse d’être clairement devant ses pairs historiques, quand il sort des classements industriels, quand il vit à crédit et dépend des autres pour produire, ce n’est pas une crise : c’est un déclassement.

    Ces repères chiffrés donnent des ordres de grandeur. Ils visent à éclairer le diagnostic, non à nourrir une polémique statistique. Les tendances longues importent plus que les variations annuelles.